En route pour Madère

Étape 2 : de Vigo à Porto

Une petite semaine s’est écoulée à Vigo, le temps de rencontrer notre premier projet Ecolectivo, de monter la vidéo, et de profiter encore un peu des terres galiciennes. Nous hissons maintenant les voiles pour notre seconde étape : Porto ! Enfin c’est vite dit, le vent n’est pas au rendez-vous, et deux heures après le départ nous sommes toujours dans un état quasi-stationnaire à peine sortis de la baie… nous nous décidons à recourir aux services de notre bon vieux Gaston, et bien qu’il m’est dur de l’admettre, le moteur sur un voilier, c’est quand même bien pratique. Cap à l’ouest pour nous éloigner de la côte et chercher un peu de vent que nous avait promis la météo, mais c’est peine perdu, nous faisons un petit 3 nœuds de moyenne, et la nuit venue, les voiles battent tristement, et le brouillard s’installe.

Navigation de nuit
Navigation de nuit

C’est aussi le moment que choisit l’AIS pour décrocher : plus d’émissions ni de réception. L’AIS permet en effet de recevoir la position, le cap et la vitesse des bateaux autour de nous via les ondes radio, et d’envoyer nos données aux autres bateaux, une aide précieuse pour éviter les collisions, surtout par visibilité réduite. Installé juste avant de partir de Brest, l’AIS n’en fait qu’à sa tête malgré plusieurs tentatives d’installations à différents endroits du carré pour aider le GPS intégré à capter les satellites. Peut-être le problème vient il également du splitter, qui permet d’utiliser l’antenne en tête de mât à la fois pour la VHF et l’AIS, à vérifier à la prochaine escale.  

« C’est aussi le moment que choisit l’AIS pour décrocher : plus d’émissions ni de réception. »

Nous commençons donc nos quarts de nuit dans un brouillard dense, les yeux grands ouverts, à l’affut de la moindre lumière signalant un bateau. Nous ne voyons pas beaucoup plus loin que l’étrave, le taux d’humidité de l’air doit être de 200% et la vapeur d’eau se condense à notre contact, de sorte qu’il ne pleut… que sur nous. Nous ne pouvons pas compter sur notre ouïe pour entendre les moteurs d’un éventuel bateau qui s’approcherait un peu trop, car le notre est beaucoup trop bruyant lui-même. Nous avançons laborieusement à 4 nœuds, vitesse maximale de Gaston. Nous allumons le projecteur de pont, qui éclaire bien nos voiles, augmentant nos chances d’être vus.
En alerte, nous nous relayons à coup de micro-siestes dans le cockpit. Veille visuelle. Quand soudain, le voilà, un monstre surgit des ténèbres, il est là, se tenant devant nous à quelques mètres – 100m ? 300m ? Très très près en tout cas… tout éclairé, silencieux. Rêve ou réalité ? Ni une ni deux on enlève le pilote automatique, demi-tour gaz à fond. Le bateau se déroute également. Et déjà, la distance qui nous sépare augmente. Nous le regardons s’éloigner, reprenant nos esprits, et notre route. C’est fou comme l’adrénaline vous fait passer d’un état semi-conscient à « tous nos sens aux aguets » en moins d’une seconde et demi. Le jour se lève enfin, le brouillard aussi, et Porto pointe le bout de son nez à l’horizon. Porto donc !

Arrivée sur Porto
Arrivée sur Porto

Étape 3 : de Porto à Lisbonne

À Porto nous resterons une semaine. La première Marina où nous allons est celle de Leixoes à l’entrée de la rivière du Douro qui remonte jusqu’à Porto. Elle a l’avantage d’être moins cher tout en reliant Porto en tram.

Rio Douro
Rio Douro, Porto

Puis nous nous rapprochons du centre de Porto en s’amarrant à la Marina Douro, à Afurada, un ancien petit village de pêcheur le long du Douro donc, à 45 minutes à pied du centre de Porto, ou 5 min en taxi. Ça sent bon les sardines grillées dans les rues, où dès le matin les barbecues sont allumés devant les restaurants. On n’a pas pu résister.
On y a testé également le lavoir traditionnel avec les mamas, composé de différents bassins alimentés par une source naturelle : inutile de vous dire qu’ECOSYDEA a adoré cette machine à laver 100% écologique et gratuite, où on y prend plaisir à frotter contre les pierres son linge tout en bavardant avec la voisine… bon, on n’a pas tout compris, mais le bassin à droite là, il faut pas y aller, « peixe » qu’elle a dit la mama, ah oui effectivement il a des poissons morts au fond…

Lavoir traditionnel à Afurada
Lavoir traditionnel à Afurada, sur la gauche, notre contact dans le milieu de la laverie communautaire.
Sèche-linge 100% écologique, en face du lavoir traditionnel
Sèche-linge 100% écologique, en face du lavoir traditionnel

A Porto on s’y sent bien, les petites rues bien colorées nous donnent envie d’y boire des tasses, comme dirait Tristan, alors on y boit des tasses, et on y dit nos premiers mots português : muito obrigado/a, onde se pode tomar uma cerveja ? onde esta a estacao por favor ? Bom dia !

A Porto enfin, on y rencontre le projet Quintas das Relvas, une ferme écologique entre art et lieu d’expérimentation et d’inspiration pour tout un chacun.

Nous quittons le Douro en fin d’après-midi avec un bon petit vent et une mer si calme qu’elle nous rappelle notre rade de Brest. Nous filons à 5-6 nœuds avec les dauphins et le soleil, cap au sud. Tristan quand à lui prendra cap au nord, c’est l’heure pour lui de regagner sa bretagne et de reprendre sa vie de terrien. Nous reprendrons un équipier à Lisbonne, Baptiste, qui lui viendra de Paris.

Accompagnés par les dauphins
Accompagnés par les dauphins

Après une nuit en mer bien calme, le vent reprend un peu, juste de quoi gonfler le spi et maintenir un 5 nœuds une bonne partie de la journée. Le soir, le soleil se couche au large de Nazaré, ce méga spot de surf où les plus grandes vagues du monde sont surfées.
Nous passons à 3 milles de ses côtes et observons le sondeur passer de 30m à 100m de profondeur, puis décrocher là où la carte indique 240m de fond, avant de remonter rapidement à 30m de profondeur ; nous sommes passés au-dessus du canyon de Nazaré, responsable de la formation de ces vagues gigantesques pouvant atteindre 30m, prisées par les surfeurs de l’extrême. Heureusement pour nous, nous ne les verrons pas cette fois ci 🙂

Nazaré et son canyon, et la petite baie de Sao Martinho juste au sud. Carte Marine GeoGarage.
Nazaré et son canyon, et la petite baie de Sao Martinho juste au sud. Carte Marine GeoGarage.

A la tombée de la nuit, il reste encore 70 milles jusqu’à Lisbonne. Nous lorgnons sur une toute petite baie en forme de coquillage, Sao Martinho do Porto, juste après Nazaré (cf carte ci-dessus). L’entrée est étroite, avec des hauts fonds sur bâbord. Nous gardons bien le cap sur l’alignement indiqué par deux feux rouges au fond de la baie, tout en braquant un projecteur sur les gros rochers à tribord. La longue houle qui est avec nous fini par nous propulser dans la petite baie bien tranquille.

Sao Martinho do Porto. À gauche, l'entrée sauvage, à droite la petite baie et son village.   La baie de Sao Martinho est le résultat d’une percée de l’océan dans la barre rocheuse, qui petit à petit a érodé les roches sédimentaires plus molles se trouvant derrière.
Sao Martinho do Porto. À gauche, l’entrée sauvage, à droite la petite baie et son village.
La baie de Sao Martinho est le résultat d’une percée de l’océan dans la barre rocheuse, qui petit à petit a érodé les roches sédimentaires plus molles se trouvant derrière.

Au petit matin, nous découvrons cette minuscule baie. Quelques bateaux de pêcheurs et deux autres voiliers de voyage sont mouillés devant nous. Le front de mer est très touristique, des grandes barres d’immeuble y ont poussé au nord. Le sud de la baie a gardé son coté sauvage, avec des grandes dunes et une barre rocheuse. Le petit village derrière ces constructions modernes est quant à lui très mignon et authentique, avec toujours ces jolis pavés noirs et blancs typiques de ce pays, ainsi que les carreaux colorés sur les façades des maisons portugaises. Onde esta o mercado ? Une dame nous indique le marché, où nous faisons le plein de légumes et de fruits.

Les petites rues de Sao Martinho do Porto. Pavés noirs et blancs typiques portugais, et carreaux colorés sur les façades des maisons.
Les petites rues de Sao Martinho do Porto. Pavés noirs et blancs typiques portugais, et carreaux colorés sur les façades des maisons.
L'homme aussi, a voulu creuser son trou dans la barre rocheuse.
L’homme aussi, a voulu creuser son trou dans la barre rocheuse.

Cette première journée est venteuse, et les vagues déferlent à l’entrée de la baie, bloquant littéralement l’accès. Le lendemain, la barre qui déferle à l’entrée est toujours là. Nous commençons à nous sentir prisonnier !

« Il va falloir viser juste, car un temps calme ne dure pas longtemps avant une série de vagues quelques peu inquiétantes »

On observe, on regarde la météo, qui doit s’améliorer dans les jours qui viennent. Enfin le lendemain matin, on sent une ouverture. Mais il va falloir viser juste, car un temps calme ne dure pas longtemps avant une série de vagues quelques peu inquiétantes, pour notre moteur qui manque de puissance. On prend notre souffle, et on y va, Gaston à fond les ballons – c’est-à-dire 4 nœuds – chevauche la houle, qui s’éclate sur les rochers autour de nous. C’est impressionnant, mais ça passe. Merci petit Gaston 🙂

L'entrée de la baie de Sao Martinho, barrée par des déferlantes. Allez, on observe, et on y va !
L’entrée de la baie de Sao Martinho, barrée par des déferlantes. Allez, on observe, et on y va !

Cap pour Lisbonne !  Baptiste, on arrive !

Étape 4 : de Lisbonne à Madère

Il semblerait qu’une semaine d’escale par étape soit notre équilibre, et Lisbonne s’inscrit dans cette continuité. Une semaine donc pour visiter la capitale, pour rencontrer le projet Aldeia do Vale, un lieu permacole niché dans la montagne au nord de Sintra, et pour refaire le plein ; avitaillement en eau, vivres, gaz, gasoil, c’est parti pour 500 milles nautiques jusqu’à Madère !

Le palais de Pena, Sintra
Le palais de Pena, Sintra

Une bulle anticyclonique nous annonce une traversée muito tranquila : 13 nœuds de vent maximum, et pour le minimum… 0 nœud. Il va falloir s’occuper ! À peine le moulinet de traine installé sur le balcon arrière, et le rapala solidement attaché au bout de la ligne que les poissons mordent. Une dorade ! c’est une coryphène avec ses belles couleurs jaune et bleu, pas très grande, mais parfait pour un repas à trois.

Chef Baptiste nous la prépare à la ceviche, et c’est un régal : des filets crus, ou plutôt cuits dans le jus de citron, agrémentés de petits oignons et poivron rouge… royal. On remet la ligne à l’eau, et c’est 5 autres dorades qui viendront mordre, ainsi qu’un poisson très bizarre, bleu avec une sorte de double menton comme s’il avait trop de peau au niveau de la gorge. Ce dernier ne nous inspire pas confiance, et nous le rejetons. Comme disait avec humour notre voisin de ponton de Porto Santo (Madère), dont la partie droite de son visage est entièrement tatouée : « comme quoi, parfois ça sert d’avoir une sale gueule ». La tranquillité de la traversée avec un bateau à plat, allant de 3 à 5 nœuds au grand largue nous a permis de transformer Regentag en restaurant cinq étoiles. Enfin non, à l’infini, les étoiles. Après le céviché viendra un classique ; dorade à la poêle aux petits oignons et moutarde, puis un sucré-salé ; dorade au lait de coco curry bananes, ensuite un entre mer et terre viendra nous apporter réconfort ; dorade sur son lit de boudin noir et confit de carottes, et pour finir des conserves ; rillettes oignons pommes de terre et porto, que nous conserverons dans des bocaux stérilisés (à l’eau de mer bouillante) sur plusieurs semaines. Un peu répétitif la dorade peut-être… mais peut-on vraiment s’en lasser ? 🙂

Un passager clandestin à plus de 200 milles des côtes... Il restera toute la journée à bord. Et votre ticket m'sieur Oiseau ?!
Un passager clandestin à plus de 200 milles des côtes… Il restera toute la journée à bord. Et votre ticket m’sieur Oiseau ?!

500 milles, 5 jours de navigation, 7 poissons, 1 prélèvement de plancton, des dauphins tachetés, et… 5 tortues ! Ces dernières ont été observées séparément le dernier jour, jour particulièrement calme, la pétole comme on dit quand il n’y a pas de vent pour avancer. Elles flottaient à la surface avec leur petite carapace un peu biscornue j’ai trouvé, avant de plonger lorsqu’on s’en approchait un peu trop à leur goût. Elles devenaient alors nettement moins gauches en profondeur qu’elles ne le paraissaient en surface.

Veille attentive pour la faune ...
Veille attentive pour la faune …
et veille attentive pour les cargos !
et veille attentive pour les cargos !

Et puis soudain, me tirant de mon bouquin, une exclamation : « terre en vue ! » et sortant de l’horizon, Madère trônait là, devant nous, comme servi sur un plateau royal, aussi calme que majestueuse, avec ces pics qui transcendaient le ciel, Madère nous ouvre les portes de la série des îles volcaniques de l’atlantique.

Regentag arrive à Madère
Regentag arrive à Madère !

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Fabuleux votre récit : on tremble avec vous lors des rencontres de cargo, on se réjouit de vos pêches, on visite, on se promène, on s’émerveille. Bravo et bonne continuation. Attention ouragan annoncé sur les Açores.

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